Épictète, De la liberté - Extrait

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Épictète est un philosophe stoïcien qui a vécu aux Ier et IIe siècles de notre ère. Originaire de Hiérapolis, en Phrygie (actuelle Turquie), il a été esclave pendant une partie de sa vie avant de devenir philosophe stoïcien. Son enseignement a été consigné par son disciple Arrien dans les Entretiens et le Manuel, qui sont des œuvres majeures de la philosophie stoïcienne. La liberté intérieure et la maîtrise de soi sont des thèmes centraux de cette philosophie, qui enseigne que le bonheur et la liberté viennent de la maîtrise de ses désirs et de ses émotions, plutôt que de la satisfaction des désirs externes ou matériels. Voici un extrait de son entretien sur la liberté.

Vois comment nous appliquons l’idée de la liberté, quand il s’agit des animaux. Certaines gens entretiennent des lions apprivoisés ; ils les enferment, les nourrissent, et les emmènent partout avec eux : qui dira qu’un tel lion est libre ? N’est-il pas d’autant plus esclave qu’il a une vie plus douce ? Quel est l’être doué de sens et de raison qui voudrait être un de ces lions ? Vois, par contre, ces oiseaux que l’on prend, que l’on enferme, et que l’on nourrit : que ne souffrent-ils pas en essayant de s’échapper ! Il en est même qui se laissent mourir de faim plutôt que de supporter ce genre de vie. Quant à ceux que l’on conserve, c’est à grand’peine, avec bien de la difficulté, et encore ils dépérissent ! Et dès qu’ils trouvent la moindre ouverture, les voilà partis ! Tant ils aiment la liberté, pour laquelle ils sont faits ! Tant ils ont besoin d’être indépendants, et affranchis de toute entrave ! « Êtes-vous donc mal ici ? » leur dites-vous. Ils répondent : « Que dis-tu là ? Nous sommes nés pour voler où bon nous semble, pour vivre au grand air, et chanter quand nous le voulons ; tu nous enlèves tout cela et tu dis : Êtes-vous mal ici ? » Aussi, nous n’appellerons races libres que celles qui ne supportent pas d’être prises, et qui, sitôt prises, échappent à la captivité par la mort. C’est ainsi que Diogène dit quelque part : « Il n’y a qu’un moyen d’être libre, c’est d’être toujours disposé à mourir. » C’est ainsi encore qu’il écrit au roi de Perse : « Tu ne pourras pas plus réduire en servitude les Athéniens, que tu n’y peux réduire les poissons. — Comment cela ? Ne puis-je pas les prendre ? — Si tu les prends, ils auront bientôt fait de te quitter et de s’en aller, comme les poissons. Si tu prends un poisson, il meurt ; et si eux meurent aussi quand tu les auras pris, quel profit tireras-tu de ton expédition ? » Voilà le langage d’un homme libre, qui a soigneusement examiné la question, et qui en a trouvé la solution, comme cela devait être. Mais si tu la cherches ailleurs qu’où elle est, comment s’étonner que tu ne la trouves jamais ?

Épictète, Manuel, « De la liberté », trad. Jean-Marie Guyau, 1875.

Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.fr
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